Les images qui circulent actuellement montrent la superstar guinéenne Azaya et son équipe en tournée… non pas artistique, mais administrative. Bureaux d’entreprises, directions, chefs d’entreprise : l’objectif est clair, faire acheter des tickets de concert. Une scène qui, à elle seule, résume la dérive profonde de l’industrie musicale guinéenne. Car une star, une vraie, dans son propre pays, n’a pas besoin de transformer les bureaux en caisses de billetterie.

Un concert porté par une fanbase réelle se remplit par la vente électronique, par la mobilisation populaire, par l’adhésion spontanée du public. Surtout quand on parle d’un espace comme le Chapiteau By Issa (2 000 places en intérieur, 5 000 en extérieur), ou même d’un stade comme le Petit Sory. À ce niveau, le sold out devrait être mécanique si la popularité est autre chose qu’un mythe entretenu sur les réseaux sociaux.

Ce qui se joue ici est plus grave : en Guinée, le concert n’est plus financé par les fans, mais par les relations, les bureaux, parfois sous une pression symbolique à peine voilée. On ne parle plus de billetterie, mais de collecte organisée. Le public est relégué au second plan, pendant que l’artiste sauve son événement à coups de tickets institutionnels. C’est devenu une pratique, presque une norme, et c’est précisément cela qui pose problème.

Qu’on ne se trompe pas de débat : le mécénat culturel est légitime. Mais le mécénat n’est pas une tournée de bureaux pour écouler des tickets invendus. Quand une star autoproclamée doit aller vendre son spectacle dossier sous le bras, ce n’est plus du soutien culturel, c’est le signe d’un modèle qui ne tient pas debout.

Cette pratique met à nu une vérité dérangeante : la popularité numérique ne remplit pas une salle. Les millions de vues, les trophées, les discours triomphalistes ne valent rien au moment décisif : celui où le public doit payer pour entrer. Une fanbase se prouve à la billetterie, pas sur Instagram.

Si cette mascarade continue, la musique guinéenne restera prisonnière d’un système de façade, incapable de se professionnaliser et de se confronter à la réalité du marché. Un concert doit être porté par des fans convaincus, pas sauvé par des bureaux gênés. À défaut, il faut avoir le courage de poser la seule vraie question : où sont passés les vrais fans ?

Moïse 1er, the Festival Explorer | Montréal.