Depuis l’annonce du décès de Sidya Touré, ancien Premier ministre, survenu à Paris le 25 septembre 2026 à l’âge de 81 ans, je lis de nombreux témoignages et hommages. Des responsables politiques saluent aujourd’hui son intelligence, sa compétence, son expérience, son parcours et les services qu’il a rendus à la Guinée.

Mais de son vivant, quel profit la Guinée a-t-elle réellement tiré de toute cette expérience que tout le monde célèbre aujourd’hui ?

Sidya Touré a dirigé le gouvernement guinéen de 1996 à 1999. Il a ensuite occupé une place importante dans la vie politique du pays pendant plusieurs décennies avant de vivre ses dernières années loin de la Guinée, en exil.
Aujourd’hui, on reconnaît qu’il était un cadre compétent. Mais hier, les divergences politiques ont trop souvent pris le dessus sur ce qu’un homme de son expérience pouvait encore apporter au pays.

Pourtant, de son vivant, vous l’avez humilié. Vous l’avez même privé de son passeport guinéen, dans ce pays auquel il a tant donné.

Il est parti. Et avec lui sont partis son savoir, son expérience, sa mémoire de l’État et une partie de ce qu’il aurait encore pu transmettre aux nouvelles générations.

Dans un pays de millions d’habitants où les cadres ayant accumulé une telle expérience de l’État ne sont pas innombrables, pouvons-nous continuer à considérer celui qui ne partage pas notre opinion politique comme quelqu’un dont le pays n’a plus besoin ?

C’est là que les hommages posthumes deviennent difficiles à comprendre. À quoi sert de couvrir un homme de fleurs lorsqu’il est dans son cercueil, si de son vivant nous n’avons pas su créer les conditions pour profiter de ce qu’il pouvait encore donner à son pays ?

Et Sidya Touré ne doit pas être seulement un nom de plus dans notre longue liste de regrets.
Combien de “Sidya Touré” vivent encore aujourd’hui en exil ? Combien sont encore en Guinée, compétents et expérimentés, mais marginalisés simplement parce qu’ils ne partagent pas les mêmes opinions politiques que ceux qui gouvernent ?

Un pays ne se construit pas uniquement avec ceux qui applaudissent. La divergence d’opinion ne devrait jamais nous empêcher de reconnaître une compétence, d’écouter une expérience ou d’utiliser une intelligence au service de l’intérêt général.

Apprenons à reconnaître la valeur de nos cadres pendant qu’ils sont encore vivants. Les hommages les plus utiles ne sont pas ceux prononcés devant une dépouille, mais la place que la Nation sait accorder aux compétences de son vivant.

Reposez en paix, Sidya Touré.
Que la terre de Guinée que vous avez servie vous soit légère.

Abdoul Latif Diallo
Journaliste d’investigation