La Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a achevé ce lundi l’audition de l’ancien Premier ministre, Dr Ibrahima Kassory Fofana, à la clinique Pasteur où il est hospitalisé. Cette étape marque un tournant dans la procédure ouverte contre lui pour détournement présumé de deniers publics.

« Deux heures d’échanges au chevet du prévenu »

Pendant près de deux heures, les magistrats de la CRIEF, les représentants du Ministère public et le collège des avocats ont interrogé Dr Kassory Fofana, en présence de ses conseils. L’audience délocalisée fait suite à la décision de la Cour d’entendre l’ancien chef du gouvernement sur son lit d’hôpital, compte tenu de son état de santé jugé fragile.

À l’issue de l’audition, Me Sidiki Bérété, avocat de la défense, a salué une avancée procédurale. « Nous sommes satisfaits parce que ce que nous souhaitions, c’est qu’étant gravement malade, le tribunal puisse accepter de venir conformément à la loi », a-t-il déclaré à la presse. Pour le conseil, l’essentiel est que son client ait « eu la chance de se défendre contradictoirement ».

« La question sanitaire dissociée du fond »

Me Bérété a toutefois tenu à distinguer la procédure judiciaire de l’état de santé de son client. « Les questions liées à une éventuelle évacuation sanitaire restent distinctes du fond du dossier », a-t-il précisé, alors que la défense sollicite depuis plusieurs semaines un transfert à l’étranger pour des soins.

Sur le fond, l’avocat continue de contester les charges retenues contre l’ancien Premier ministre. Il affirme que « les charges ne se sont même pas retenues » et soutient qu’une grande partie des fonds évoqués dans le dossier aurait déjà été reversée au Trésor public.

Positions nuancées des parties

Du côté de la partie civile, Me Amadou Baben Camara a indiqué qu’il n’existait « aucune opposition de principe » à une éventuelle évacuation sanitaire de Dr Kassory Fofana. Il a néanmoins rappelé que la saisie conservatoire des biens de l’ancien Premier ministre « demeure une garantie importante » pour la partie civile.

Le Ministère public, par la voix du procureur spécial de la CRIEF, Aly Touré, a confirmé le calendrier judiciaire. Les réquisitions et les plaidoiries des différentes parties sont attendues lors de la prochaine audience, fixée au jeudi 11 juin 2026.

« Une audience décisive en perspective »

Selon le procureur spécial, l’audience du 11 juin pourrait également être l’occasion pour la Cour d’examiner la demande d’évacuation sanitaire formulée par la défense. Le dossier entre ainsi dans sa phase finale, avant une éventuelle mise en délibéré.

Dr Ibrahima Kassory Fofana, Premier ministre de mai 2018 à septembre 2021, est poursuivi par la CRIEF pour des faits présumés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.